Joinville et ses quartiers de la Marne : 8 siècles d'Histoire (par Michel Riousset)

Le Quartier du Quai de la Marne

 

I - LE MUR DU PARC DE VINCENNES

Jusqu’aux années 1860, la rive droite de la Marne, comprise entre la limite actuelle avec Nogent-sur-Marne et le Pont de Joinville, ne comprenait absolument aucune construction. Seul le mur d’enceinte du Parc du Château de Vincennes, qui descendait jusqu’ici afin que le gibier royal ne s’échappe pas, pouvait être visible. Jusqu’en 1897, il constituera la limite entre Nogent et Joinville, une sorte de diagonale partant du siège actuel de la Fédération Française des Sports d’Aviron, jusqu’à l’emplacement du pont de l’autoroute A4.

Le Parc du Château de Beauté, qui fut donné comme chacun sait à Agnès Sorel, était inclus dans cette enceinte, et l’on sait que les daims de la Dame de Beauté y étaient fort nombreux.

Il n’y avait donc que des prés et quelques arbres dans ce paysage champêtre.

Le Quai de la Marne en 1865. Des prés, des arbres, le quai de halage et un tronçon du mur d'enceinte du bois de Vincennes. Aucune maison." Extrait du "Tour de Marne".

 

II - LES PREMIERES CONSTRUCTIONS

C’est à partir de 1860-1865 que s’établirent presque simultanément la première guinguette sur l’Ile Fanac, « Chez Jullien », puis en 1867 le premier loueur de bateaux situé juste en face sur le quai, le garage Turban, où l’on construisait aussi des embarcations de tous genres, et quelques maisons autour, dans les premiers numéros du quai.

Pourquoi ce soudain engouement pour les bords de Marne si tôt sur ce quai, alors que Polangis restera une plaine giboyeuse jusque dans les années 1880 ? Tout simplement par l’arrivée du train en 1859, la célèbre ligne de la Bastille.

Les loueurs de canots constituaient, avec les constructeurs de bateaux, l'activité principale du Quai de la Marne".
 

III - LES EMPRISES DU CHEMIN DE FER

La Compagnie des Chemins de Fer de l’Est acheta ensuite au Domaine de la Couronne, propriétaire du bois de Vincennes, tous les terrains compris entre l’actuel talus et la Marne, afin d’y installer une seconde voie ferrée, qui relierait la station de Joinville au Pont de Mulhouse à Nogent. Ce projet ne vit jamais le jour et, en 1878, tous les terrains furent revendus à des particuliers. C’est ainsi que, très rapidement, entre 1880 et 1900, toute cette rive droite de la Marne fut entièrement couverte de maisons de villégiatures, de constructions très légères, mais bien souvent surélevées pour tenter d’échapper aux inondations. Celle de 1910 n’en épargnera cependant aucune, mais n’en détruira pas. La dernière crue remonte à 1955.

Comme le mur d’enceinte du parc de Vincennes constituait toujours la limite entre Nogent et Joinville, et que celle-ci passait maintenant au milieu de propriétés privées, il fut décidé en 1897 un échange de parcelles entre les deux communes. L’avenue de Diane - un simple chemin de terre bordé d’arbres -constitua la nouvelle limite.

 

Photo prise du haut du talus du chemin de fer, à l'emplacement exact de l'autoroute A4. En contrebas, les maisons du Quai de la Marne qui seront toutes détruites en 1974. Au loin, la plaine de Polangis sous les eaux, sans aucune maison dans cette partie-là. On distingue encore les limites du parc du Château de Polangis et ses grands arbres".

IV - L’HABITAT DE LA RIVE DROITE

On y trouvait jusqu’aux années 1960 tout le microcosme qui constituait le tissu traditionnel des bords de Marne :

P des restaurants avec terrasses donnant sur la Marne : le Pavillon Bleu, le Ruban Bleu, A la Guinguette, Chez le Chinois, l’Escale et l’Horloge.

P des sociétés de canotage et d’aviron : la Société Nautique En Douce, le Club Nautique de Paris, Fémina, La Ruche, la Société du Sémaphore, le Cercle de Voile de Nogent-Joinville.

P un loueur de bateaux : Turban, puis Elie

P des constructeurs de bateaux : Elie, Plé, Dossunet, Lein, Kauff, de Saever, Matonnat.

P de grandes propriétés avec maisons bourgeoises.

P des propriétés plus modestes, avec des allées privées, des parcelles avec jardins, et de petites maisons où les Parisiens venaient passer leur dimanche.

P des berges privées sur la Marne avec beaucoup de pontons et des bachots ou plates amarrées en toute sécurité.

 

Les sociétés d'aviron apportaient également une grande animation sur l'eau et sur le quai. L'En Douce, créée en 1886, changea 3 fois de bâtiment sur ce quai. Vers 1900, elle occupa une aile de l'Horloge qui forme encore de nos jours un ensemble architectural exceptionnel à protéger.

 


 

V - LES TRANSFORMATIONS DU QUARTIER A PARTIR DES ANNEES 1970

Le quartier se divise maintenant en deux parties : près du pont de Joinville prédominent les immeubles construits à l’emplacement d’industries comme Electrofil, ou de grandes propriétés bourgeoises détruites. A partir de la pointe de l’Ile Fanac jusqu’à la limite avec Nogent, le tissu pavillonnaire avec jardins reste intact et les vestiges de l’époque du canotage, des constructions souvent fragiles, subsistent miraculeusement (la maison à tourelles en bois de l’ancien chantier Lein, les bâtiments de l’Aviron Marne et Joinville, l’Horloge, et le Chalet des Canotiers).

Tout autour un environnement verdoyant, mais fragile, avec le talus de l’actuel R.E.R. déclaré constructible dans le P.O.S. de Nogent-sur-Marne. En effet, sa situation juridique est complexe : le terrain se trouve sur la commune de Nogent-sur-Marne jusqu’au pont de l’autoroute A4, le propriétaire en est la RATP (anciennement la SNCF, qui y avait des jardins ouvriers), et le locataire la Ville de Joinville-le-Pont, qui y a installé des jardins familiaux.

Le Quai de la Marne conserve encore quelques constructions typiques des bords de Marne, tel que celui-ci, qui abrita plusieurs constructeurs de bateaux de grande renommée: Perre, puis Lein et Dossunet. Un patrimoine joinvillais de grande valeur.

 

VI - LE DRAME DE L’AUTOROUTE A4

Tout comme à Polangis, les expropriations furent nombreuses et surtout symboliques. Ainsi disparurent trois restaurants avec terrasses sur la Marne, qui étaient bondés en été, ainsi que la Société Nautique En Douce qui apportait beaucoup d’animation joyeuse au quartier. Celui-ci est plus que jamais coupé en deux par le pont autoroutier et ce « no man’s land » désertique qui a été ainsi créé.

1975: un immense remblai de terre est prêt à recevoir le tablier du pont autoroutier de l'A4. Adieu guinguettes, restaurants, terrasses au bord de l'eau, société nautique, jardins et pavillons ! Le quartier du Quai de la Marne, tout comme Polangis, est coupé en deux, et la Marne sera défigurée.
 

VII - LA MENACE IMMOBILIERE

Venue de Nogent dans les années 1990, une immense vague de promotion immobilière a déferlé sur tout le quartier.

Seul rempart pour Joinville : son COS à 0,6 (contre 1,1 à Nogent).

Sur la commune voisine, une très grande partie des propriétés situées le long de la Marne a fait place à des immeubles sans charme et les acacias du talus ont été remplacés par une barre de béton.

C’est ainsi que les Joinvillais de ce quartier ont demandé à rejoindre l’ASEP, afin d’éviter un tel sort, et pour défendre ce qui peut l’être encore, et qui ressemble beaucoup à l’habitat de Polangis.        

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